Welcome to the Era of Highspeed Politics

If you greeted the New Year with the feeling that the year we are leaving behind was particularly frenetic, you're not alone. Anyone involved in the political scene—or even just observing it—cannot help but be struck by the accelerated pace of 2025, where scandals followed one another like tiny bubbles in a glass of champagne, and where political fortunes took sharp turns, ended, or were resurrected in extremis. Opinion piece by Justine McIntyre for Le Devoir (in French).

Justine McIntyre

3/4/20265 min read

Bienvenue dans l’ère de la politique éclair, où chaque événement, des démissions aux renaissances, semble se produire en un clin d’œil. Contemplons seulement le Noël de Michael Ma, ce député de Markham–Unionville qui, un jour, trinque au party de Noël de ses collègues conservateurs avant d’être accueilli le lendemain soir en coqueluche du Noël des libéraux. C’en est étourdissant.

Alors que nous entamons 2026, prenons une brève pause pour reprendre notre souffle et poser la question suivante : pourquoi tout va si vite ? Revenons d’abord sur quelques événements récents de cet automne.

De héros à zéro en six mois

Entre le moment où Pablo Rodriguez a été choisi pour diriger le Parti libéral du Québec (PLQ), le 14 juin dernier, et le premier signe de dérapage avec le congédiement de sa chef de cabinet, Geneviève Hinse, le 17 novembre, cinq mois se sont écoulés. C’était sa première crise comme chef de parti.

De mystérieux (et, disons‑le, grammaticalement atroces) textos évoquant des « brownies » en échange de votes, jusqu’au garden party d’un ami malcommode qui ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’on rembourse des dons politiques, un récit implacable de faits s’est imposé, comblé de spéculations publiques. Tels des automobilistes ralentissant devant un carambolage, nous avons collectivement observé la direction de Rodriguez se désagréger en direct, en attendant le moment inévitable où, acculé au mur, il crierait « Assez ! », déposerait les armes et accepterait de remettre sa démission.

Bien qu’on eût l’impression que tout ça a pris une éternité (et surtout au sein du PLQ), l’effondrement n’a pris que quatre semaines. Le système politico-médiatique n’a plus la patience d’attendre les résultats d’une enquête — le simple soupçon d’une enquête exige une action décisive, sous peine de ternir la réputation du parti.

Semblable, mais pas pareil

La commission Charbonneau a été lancée en octobre 2011, et ce n’est qu’un an plus tard, le 5 novembre 2012, que le maire de Montréal de l’époque, Gérald Tremblay, a annoncé sa démission, tout en continuant de nier avoir eu connaissance des stratagèmes de corruption au sein de son administration.

S’adressant aux Montréalais, Tremblay évoquait un avertissement de son père : « Quand j’étais jeune, mon père m’a dit de ne jamais faire de politique parce que c’était sale et que ça me détruirait. »

Pablo Rodriguez s’est lui aussi remémoré un avertissement similaire de son père dans une vidéo publiée sur son site de campagne à la direction : « Mon fils, le Canada est un pays d’opportunités, tu peux faire ce que tu veux. Mais s’il te plaît — pas de politique. »

Dans les deux cas, l’amour du pays et la passion pour la vie publique ont poussé ces hommes à ignorer les conseils paternels. Au moment de leur démission, chacun s’est rappelé ces mots fatidiques.

Rodriguez méritait‑il de porter le blâme pour les irrégularités financières et les manquements éthiques de certaines personnes liées à sa campagne ? En politique, le mérite n’est pas un critère pertinent pour se prononcer sur le sort d’un politicien ; seules comptent la perception publique et l’ambition du parti. En tant que chef, Rodriguez avait la responsabilité de s’assurer que la première n’entrave pas la seconde, alors que le Québec se dirige vers une année électorale en 2026.

La principale différence entre les deux histoires de dégringolade (d’un point de vue sociologique), c’est la vitesse fulgurante avec laquelle ce dernier scandale de leadership a éclaté, s’est déroulé et s’est conclu, emportant dans son sillage les perspectives prometteuses d’un politicien pourtant talentueux.

Bye-bye Steven, Bye-bye Christian

Deux autres piliers majeurs de la politique québécoise n’ont pas attendu la pause des Fêtes pour prendre une marche dans la neige.

Le ministre fédéral Steven Guilbeault a quitté le cabinet (tout en demeurant membre du caucus libéral) pour protester contre le protocole d’entente Canada‑Alberta, qui promet d’augmenter la production pétrolière et gazière de l’Alberta et de construire un nouvel oléoduc vers le Pacifique. Le ministre provincial Christian Dubé est allé encore plus loin, quittant son poste de ministre de la Santé et son parti pour siéger comme indépendant, en raison de l’incapacité de la Coalition avenir Québec à réaliser les réformes prévues dans le projet de loi 2.

Tous deux vivaient sous la pression de la dissonance cognitive qui accompagne le fait de défendre une ligne de parti contraire à ses principes et en contradiction avec la mission même qui leur avait été confiée dans leurs rôles ministériels respectifs.

Mais voici le hic : Guilbeault et Dubé sont des politiciens aguerris, ayant traversé leur lot de tempêtes. Comme ministre de l’Environnement sous Justin Trudeau, Steven Guilbeault a encaissé les critiques liées à l’expansion de Trans Mountain, un projet en contradiction avec les objectifs ambitieux de réduction des émissions du Canada. Christian Dubé a affronté et survécu aux épreuves d’occuper le poste de ministre de la Santé en pleine pandémie : l’hécatombe du CHSLD Herron, les accrocs de la chaîne d’approvisionnement des vaccins, et les couvre‑feux contestés.

Après avoir tenu si longtemps, pourquoi jeter l’éponge maintenant ? On peut être tenté de pointer du doigt les humeurs impulsives et changeantes de nos voisins du Sud, qui semble avoir plongé la géopolitique mondiale dans un état de panique. Pourtant, la présidence de Donald Trump est une conséquence et non une cause de l’accélération du climat politique.

Ce n'est pas le changement, c'est le rythme du changement

Le changement est une constante dans tous les aspects de la vie, et pas seulement en politique ; la deuxième loi de la thermodynamique stipule que tous les systèmes évoluent constamment (en augmentant leur entropie) et qu’aucun ne demeure statique. Les gouvernements montent et tombent, tout comme les pays et les fortunes individuelles, et notre curiosité collective nous pousse à suivre ces péripéties.

Le sociologue Hartmut Rosa a introduit le concept d’« accélération sociale » pour décrire le phénomène de l’accélération de la vitesse du changement, ressenti et observé dans toutes les sphères de la vie moderne. Les avancées technologiques et communicationnelles ont permis une augmentation à la fois de la productivité et de la diffusion de l’information ; cela a transformé notre perception du temps et de l’espace, nous rendant à la fois plus impatients et plus surmenés selon les standards d’autrefois.

Si nous avons l’impression que tout va trop vite, c’est parce que c’est le cas, avance Rosa — du moins par rapport à ce à quoi l’être humain est biologiquement capable de s’adapter. Rodriguez, Guilbeault et Dubé se trouvent à l’avant‑garde de cette ère survoltée de la politique, où de nouveaux narratifs sont fabriqués à la vitesse des vidéos de 15 secondes sur le fil Instagram de votre ado.

Il n’y a plus de temps pour examiner et puis attendre les résultats d’une enquête ni pour négocier longuement dans des confrontations inconfortables avant d’atteindre un compromis difficile, mais satisfaisant. L’enquête et la négociation : voilà les outils d’une autre époque et d’un autre rythme. Le politicien de demain apprend — ou peut-être qu’il sait déjà — à naviguer au rythme effréné des sondages, porté par l’hubris capricieuse des algorithmes.

Notre système démocratique, qui repose sur le rythme lent et humain de la consultation, du débat et du vote, subira inévitablement de nouvelles pressions et tensions alors que nous entrons dans l’ère de la politique éclair, où le tempo n’est plus dicté par ce que nous pouvons raisonnablement gérer et digérer, mais par ce que nos capacités technologiques imposent.

Cet article a été publié dans le journal Le Devoir, le 3 janvier 2026

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/945207/bienvenue-ere-politique-eclair